Publié le 16 septembre 2026. Une étude parue le 14 septembre 2026 dans l’European Spine Journal apporte des données inhabituelles par leur durée : des chercheurs ont suivi pendant dix ans des patients souffrant de lombalgie chronique auxquels du cannabis médical avait été prescrit.
Les résultats rapportés sont importants, mais ils doivent être interprétés avec prudence. L’étude est observationnelle, sans groupe témoin et non randomisée. Elle montre donc des associations, pas une preuve de causalité.
Une étude sur 1 000 patients suivis jusqu’à 10 ans
L’étude a inclus 1 000 patients souffrant de lombalgie chronique. Tous étaient naïfs au cannabis au début du suivi et utilisaient des opioïdes depuis au moins un an.
Le registre a commencé en 2015 et le suivi annuel s’est poursuivi jusqu’en 2024. Parmi les 1 000 personnes initialement incluses, 638 ont complété le suivi à dix ans.
Les chercheurs ont étudié la consommation d’opioïdes, l’intensité de la douleur, le handicap fonctionnel, les médicaments associés, les doses de cannabis médical et les événements indésirables. L’article scientifique original est disponible en accès ouvert chez Springer Nature.
Quels résultats ont été observés ?
Chez les 638 patients ayant terminé le suivi, la consommation moyenne d’opioïdes, exprimée en équivalent morphine, est passée de 62,8 mg par jour à 6,4 mg par jour. Les auteurs rapportent également une baisse du score moyen de douleur de 8,71 à 1,37 sur 10 et une amélioration de l’indice d’incapacité d’Oswestry.
Ces chiffres sont spectaculaires. Pourtant, les auteurs eux-mêmes soulignent qu’ils sont nettement supérieurs à ceux observés dans les essais randomisés contrôlés sur les cannabinoïdes pour la douleur chronique.
Pourquoi cette étude ne prouve pas l’efficacité du cannabis médical
L’absence de groupe placebo ou de groupe témoin empêche de déterminer quelle proportion de l’évolution est directement attribuable au cannabis médical.
Plusieurs facteurs peuvent intervenir : évolution naturelle de la maladie, changements d’autres traitements, attentes des patients, régression à la moyenne, effet placebo ou biais de sélection.
Le principal point de vigilance concerne le biais de survivants. Sur 1 000 patients, 362 n’ont pas complété l’intégralité des dix années. Les patients restant jusqu’au terme peuvent donc représenter une population ayant mieux toléré ou mieux répondu au traitement.
Les auteurs qualifient eux-mêmes leurs résultats d’« hypothesis-generating » : ils justifient des recherches supplémentaires, mais ne constituent pas une preuve définitive d’efficacité.
Une forte baisse des opioïdes, mais pas de causalité démontrée
La réduction de la consommation d’opioïdes est l’un des résultats les plus marquants. Toutefois, aucun protocole standardisé de diminution des opioïdes n’était imposé. Les médecins adaptaient les traitements au cas par cas.
Il est donc impossible de conclure que le cannabis médical explique à lui seul cette baisse. La publication observe une association dans une cohorte donnée.
Quels effets indésirables ont été relevés ?
Sur l’ensemble des visites de suivi, les chercheurs ont rapporté notamment sécheresse buccale, troubles gastro-intestinaux, rougeur des yeux et, plus rarement, hypotension, troubles cognitifs, palpitations ou vertiges.
Des événements psychiatriques sérieux ont été signalés très rarement. Ces données ne signifient pas que le cannabis médical est dénué de risques : elles décrivent uniquement les événements observés dans cette cohorte.
Cannabis médical et CBD : ne pas confondre
Cette étude ne porte pas sur le CBD vendu en boutique. Les patients recevaient du cannabis médical sous supervision médicale, avec différentes teneurs en THC et CBD.
Il serait donc incorrect de transformer cette étude en argument selon lequel une fleur, une huile ou un autre produit CBD vendu librement traiterait une lombalgie.
Pour une présentation générale du cannabidiol et de ses effets documentés ou étudiés, consultez notre dossier Effets du CBD : quels effets du cannabidiol sur le corps ?. Cet article distingue les données scientifiques des promesses commerciales.
Et en France ?
Le cannabis médical relève d’un cadre pharmaceutique et réglementaire spécifique. Il ne doit pas être confondu avec les produits CBD commercialisés dans le circuit classique.
Le contexte français a évolué ces dernières années avec l’expérimentation puis la construction d’un cadre dédié. Les règles applicables doivent être vérifiées dans les textes officiels et auprès des autorités sanitaires. Pour replacer le sujet dans le contexte plus large du cannabis et du CBD en France, consultez également Cannabis légal en France : CBD et marché noir.
Ce que cette étude change réellement
Elle apporte surtout une donnée de long terme rare. Dix années de suivi sur une cohorte de cette taille sont inhabituelles dans la littérature sur le cannabis médical.
Fait : des baisses importantes de consommation d’opioïdes, de douleur et de handicap ont été observées chez les patients suivis jusqu’à dix ans.
Interprétation des auteurs : l’ampleur des résultats est probablement influencée par plusieurs biais propres aux études observationnelles.
Incertitude : seules des études contrôlées supplémentaires peuvent déterminer plus précisément l’effet propre du traitement.
Pourquoi cette publication mérite d’être suivie
L’intérêt scientifique de l’étude tient autant à sa durée qu’à ses limites. Elle fournit des données de suivi très longues, mais rappelle aussi pourquoi une étude observationnelle ne doit pas être interprétée comme un essai clinique randomisé.
Pour les lecteurs intéressés par la sécurité et les précautions autour du CBD et du cannabis, notre guide CBD interdit le 15 mai 2026 : ce qui change vraiment permet de distinguer les enjeux réglementaires des questions médicales et scientifiques.
FAQ — Cannabis médical et lombalgie
L’étude prouve-t-elle que le cannabis soigne la lombalgie ?
Non. Il s’agit d’une étude observationnelle sans groupe témoin. Elle montre des associations mais ne permet pas d’établir un lien de causalité.
Combien de personnes ont participé ?
1 000 patients ont été inclus initialement et 638 ont complété le suivi à dix ans.
Les patients ont-ils réduit leur consommation d’opioïdes ?
Oui, une forte diminution a été observée chez les patients ayant complété le suivi, mais l’étude ne permet pas d’affirmer que le cannabis en est à lui seul la cause.
L’étude concerne-t-elle uniquement le CBD ?
Non. Elle porte sur le cannabis médical et des produits contenant notamment THC et CBD. Elle ne peut pas être transposée directement aux produits CBD vendus librement.
Peut-on utiliser du CBD pour traiter une lombalgie ?
Cette étude ne permet pas de conclure que le CBD constitue un traitement de la lombalgie. Une douleur chronique nécessite un avis médical approprié.