Les premiers résultats de l’étude suisse SCRIPT suggèrent qu’un accès réglementé au cannabis en pharmacie peut modifier la manière de consommer sans augmenter, après six mois, la fréquence déclarée de consommation. Le résultat le plus marquant concerne le recul de la consommation exclusivement fumée dans le groupe ayant accès aux pharmacies.
Ces résultats sont intermédiaires. Ils ne démontrent pas encore une diminution à long terme des maladies ou des dommages liés au cannabis, et ils n’ont pas encore été évalués par les pairs selon la présentation publiée par le GREA.

Qu’est-ce que l’étude SCRIPT ?
L’essai pilote SCRIPT se déroule à Berne, Bienne et Lucerne. Il étudie une vente réglementée et sans but lucratif de cannabis en pharmacie. Une offre de conseil accompagne cette vente.
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) décrit SCRIPT comme un essai randomisé contrôlé. Un premier groupe peut accéder aux produits dès le début, tandis qu’un second groupe doit attendre six mois.
Pendant cette première période, le dispositif compare deux groupes : celui qui accède au circuit réglementé et celui qui n’y accède pas encore.
1 177 participants et neuf pharmacies
Les résultats intermédiaires présentés en septembre 2026 portent sur 1 177 participants adultes, déjà consommateurs réguliers de cannabis.
Neuf pharmacies assurent la distribution : cinq à Berne, trois à Lucerne et une à Bienne. La fabrication des produits proposés répond spécifiquement aux besoins de l’étude. Ils s’inscrivent dans un cadre contrôlé, avec information sur leur composition et conseils associés.
La consommation exclusivement fumée passe de 78 % à 58 %
Selon le Groupement Romand d’Études des Addictions (GREA), la proportion de participants consommant exclusivement du cannabis fumé est passée de 78 % à 58 % dans le groupe ayant accès aux pharmacies.
Dans le groupe témoin, cette proportion a peu évolué pendant la même période.
Il faut cependant lire correctement ce résultat : une baisse de la catégorie « exclusivement fumé » ne signifie pas nécessairement que tous les participants concernés ont complètement arrêté de fumer. Une personne qui ajoute un mode de consommation non fumé peut également sortir de cette catégorie.
La fréquence de consommation n’a pas augmenté après six mois
Le GREA indique qu’aucun effet perceptible sur la fréquence de consommation n’a été observé après six mois dans le groupe ayant accès au cannabis réglementé.
Ce résultat n’exclut pas tout effet possible de l’accès réglementé sur la consommation. Il signifie uniquement que, sur cet indicateur et pendant cette période, les chercheurs n’ont pas observé d’augmentation détectable.
Pourquoi parle-t-on de réduction des risques ?
L’un des objectifs de SCRIPT est précisément d’étudier le passage de la combustion vers d’autres modes de consommation. La fumée expose les voies respiratoires à des produits de combustion ; réduire la part d’usage fumé peut donc être considéré comme une stratégie de réduction des risques.
Pour autant, « non fumé » ne signifie pas « sans risque ». Chaque mode de consommation présente ses propres caractéristiques : dosage, délai d’action et potentiel d’usage excessif notamment.
Le rôle des pharmacies ne se limite pas à la vente
Le modèle SCRIPT combine plusieurs éléments : produits contrôlés, vente sans but lucratif, information sur la composition et conseils en pharmacie, notamment autour de la réduction des risques et de l’arrêt du tabac.
Cette combinaison est importante pour interpréter l’étude. Les résultats ne permettent pas d’isoler précisément l’effet de chaque composante : accès réglementé, type de produits disponibles, conseil professionnel ou autres caractéristiques du dispositif.
Ce que les résultats ne démontrent pas encore
- Ils ne démontrent pas une baisse à long terme des maladies liées au cannabis.
- Ils ne prouvent pas que tous les participants ont cessé de fumer.
- Ils ne montrent pas qu’un accès réglementé est sans risque.
- Ils ne permettent pas de savoir quel élément du dispositif explique le changement observé.
- Ils ne permettent pas d’extrapoler directement les résultats aux personnes qui ne consommaient pas de cannabis avant l’étude.
Des résultats intermédiaires, pas encore une publication définitive
Le GREA précise que ces premiers résultats sont préliminaires et n’avaient pas encore été évalués par les pairs lors de leur présentation en septembre 2026.
Ils doivent donc être considérés comme un premier signal issu de l’essai, et non comme une conclusion définitive sur les effets sanitaires d’un modèle de régulation du cannabis.
Ce n’est pas du cannabis médical prescrit
La vente en pharmacie peut prêter à confusion. SCRIPT fait partie des essais pilotes suisses concernant la remise de cannabis à des fins non médicales. Il ne s’agit pas d’un médicament prescrit pour traiter une maladie.
L’OFSP rappelle que l’autorisation des essais pilotes vise à produire des données scientifiques susceptibles d’éclairer la future réglementation du cannabis. Ils restent distincts du cadre du cannabis médical.
SCRIPT s’inscrit dans sept essais pilotes suisses
Il faut replacer SCRIPT dans un dispositif national plus large. Selon l’Office fédéral de la santé publique, les données arrêtées à juin 2025 comptaient près de 10 400 adultes répartis dans sept essais pilotes. Ces projets testent plusieurs modèles d’accès contrôlé au cannabis à des fins non médicales, afin d’étudier leurs effets sur la santé, les habitudes de consommation et le fonctionnement des différents modes de remise.
Les canaux étudiés ne se limitent donc pas aux pharmacies : l’OFSP mentionne également des magasins spécialisés, des structures associatives de type « social clubs » et le centre d’information sur les substances psychoactives de la ville de Zurich. Cette diversité permet de comparer plusieurs modèles de distribution. Elle évite de généraliser à partir du seul dispositif SCRIPT.
Le rapport transversal publié par l’OFSP en janvier 2026 souligne que les essais et l’évaluation de leurs données se poursuivent. Les résultats observés à ce stade constituent donc une base de travail pour la réglementation, pas la preuve qu’un modèle de vente aurait déjà été définitivement retenu.
La Suisse prépare aussi une loi sur les produits cannabiques
Le débat suisse a dépassé le seul cadre expérimental. Le 8 mai 2026, la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national a annoncé avoir décidé, par 16 voix contre 8 et 1 abstention, de poursuivre les travaux sur le projet mettant en œuvre l’initiative « Réguler le marché du cannabis pour mieux protéger la jeunesse et les consommateurs ».
La consultation a toutefois fait apparaître des positions partagées. La majorité des cantons rejetait le projet dans sa forme alors soumise, tandis que les villes, les organisations actives dans l’addiction et la prévention ainsi que le secteur du chanvre y étaient majoritairement favorables. La commission a demandé de renforcer la protection de la jeunesse, d’examiner les critiques sur la mise en œuvre et la vente en ligne, puis a renvoyé le texte en sous-commission pour révision. Elle a par ailleurs refusé de suspendre les travaux jusqu’à l’évaluation complète des essais pilotes.
Cette étape parlementaire ne signifie donc pas qu’une légalisation générale est déjà entrée en vigueur en Suisse. En revanche, les données des essais pilotes alimentent désormais un processus législatif concret. Sa révision se poursuit.
Dans un entretien publié par Soft Secrets le 8 septembre 2026, Renato Auer, membre du comité de CI Chanvre Suisse, défend une régulation contrôlée et revient sur les différents modèles testés. Cette interview apporte le point de vue d’un acteur professionnel du secteur ; elle est utilisée ici comme source secondaire, distincte des données de l’OFSP et des travaux du Parlement suisse.
Pourquoi cette étude est intéressante pour la régulation
SCRIPT ne mesure pas seulement les quantités de cannabis consommées. L’étude examine aussi les comportements de consommation dans un marché réglementé. Ce marché associe conseils et produits contrôlés.
L’usage exclusivement fumé passe de 78 % à 58 %. Ce résultat éclaire donc le débat sur la réduction des risques. Il reste cependant à confirmer par les analyses complètes et par un suivi plus long.
Pour approfondir, consultez notre dossier Cannabis riche en THC : comprendre les filières réglementées, notre article Cannabis fumé et poumons : cancer, bronchite et risques réels selon les études et notre dossier Cannabis légal en France.
Questions fréquentes
SCRIPT montre-t-elle que la légalisation réduit les risques ?
L’étude montre, après six mois, une baisse de la part des participants consommant exclusivement du cannabis fumé dans le groupe ayant accès au dispositif réglementé. Cela va dans le sens d’une consommation potentiellement moins exposée aux produits de combustion, mais ne démontre pas encore une réduction globale et durable des dommages sanitaires.
La consommation a-t-elle augmenté avec l’accès en pharmacie ?
Les résultats intermédiaires présentés par le GREA ne rapportent aucun effet perceptible sur la fréquence de consommation après six mois.
Les participants sont-ils des nouveaux consommateurs ?
Non. Les résultats présentés concernent des adultes déjà consommateurs réguliers au moment de leur inclusion dans l’étude.
Sources
- Office fédéral de la santé publique — présentation officielle de SCRIPT.
- Ville de Berne — résultats intermédiaires présentés le 7 septembre 2026.
- GREA — premiers résultats de SCRIPT, 11 septembre 2026.
- Soft Secrets — reprise publiée le 28 septembre 2026.
- OFSP — analyse transversale des essais pilotes, rapport publié le 13 janvier 2026.
- OFSP — aperçu des essais pilotes et des modèles de remise.
- Parlement suisse — poursuite et révision du projet de loi sur les produits cannabiques, 8 mai 2026.
- Soft Secrets — entretien avec Renato Auer, CI Chanvre Suisse, 8 septembre 2026.
Article publié le 2 octobre 2026. Ces résultats restent intermédiaires. Ne les interprétez pas comme une évaluation définitive des effets sanitaires d’une réglementation du cannabis.