Publié le 1er octobre 2026. La Corée du Sud prépare une évolution importante de son cadre sur le cannabis médical : passer d’un système reposant principalement sur certains médicaments importés à la possibilité, sous conditions strictes, de cultiver du cannabis destiné à la fabrication pharmaceutique et de produire localement des matières premières comme le CBD.
Cette évolution n’est toutefois pas encore une légalisation générale de la production de cannabis médical. Une proposition de loi est en cours d’examen au Parlement sud-coréen et l’administration travaille parallèlement à un dispositif de contrôle. Les usages récréatifs restent interdits et le cannabis demeure une substance strictement réglementée.

Que veut changer la Corée du Sud ?
Le point central est la proposition de loi n°2217773, déposée le 26 mars 2026. Elle vise à modifier la loi coréenne sur le contrôle des stupéfiants afin de permettre, sous autorisation, la culture de cannabis lorsqu’elle est destinée à fabriquer certains produits pharmaceutiques.
Le texte prévoit notamment :
- l’élargissement de la définition des cultivateurs autorisés lorsque la culture est destinée à la fabrication de produits médicaux ;
- une autorisation du ministère coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments (MFDS) ;
- la déclaration des surfaces cultivées, des volumes produits et des quantités récoltées ;
- le respect d’accords de culture et la destruction des quantités produites au-delà des volumes autorisés ;
- la désignation d’un organisme spécialisé chargé de la gestion sécurisée des matières premières destinées aux médicaments.
Le projet vise donc une chaîne pharmaceutique contrôlée, et non une ouverture du marché général du cannabis.
La loi est-elle déjà adoptée ?
Non. Le portail législatif officiel sud-coréen indique que le texte a été transmis à la commission de la Santé et des Affaires sociales le 27 mars 2026, puis inscrit à l’ordre du jour le 11 septembre 2026.
À l’issue de cette séance, il a été renvoyé en sous-commission pour poursuite de l’examen. À la date du 1er octobre 2026, la fiche officielle consultée ne mentionne ni adoption définitive par le Parlement, ni promulgation.
Il faut donc parler de réforme en cours, de proposition ou de préparation d’un nouveau cadre. Présenter la production nationale de cannabis médical comme déjà autorisée sur l’ensemble du territoire serait prématuré.
Pourquoi la Corée du Sud veut-elle produire localement ?
Dans un entretien publié le 16 septembre 2026 par ChosunBiz, Moon Eun-hee, responsable de la politique sur les stupéfiants au MFDS, explique que l’objectif est de répondre à deux difficultés : la dépendance aux importations et le coût des médicaments pour les patients.
Le MFDS souhaite ainsi ouvrir la voie à la recherche, au développement et à la production nationale de matières premières et de médicaments à base de cannabis, tout en renforçant le contrôle contre les détournements et les usages non autorisés.
Cette orientation rejoint la logique du projet de loi : permettre une production destinée au secteur médical sans supprimer les contrôles applicables aux stupéfiants.
Depuis 2019, certains médicaments à base de cannabis peuvent déjà être importés
La Corée du Sud n’attend pas 2026 pour autoriser tout usage médical du cannabis. Le gouvernement avait déjà modifié son dispositif en mars 2019.
Selon le portail officiel du gouvernement sud-coréen, des patients souffrant notamment de certaines maladies rares ou difficiles à traiter peuvent, lorsqu’il n’existe pas d’alternative appropriée sur le marché national, demander l’autorisation d’importer des médicaments contenant des cannabinoïdes déjà autorisés à l’étranger.
La fourniture passe par le Korea Orphan & Essential Drug Center et reste soumise à l’autorisation du MFDS. Le dispositif ne correspond donc pas à une vente libre de cannabis ou de CBD.
Ce qui changerait avec une production nationale
Le système actuel repose fortement sur des médicaments et matières premières importés. Une production nationale pourrait permettre de construire une chaîne plus complète :
- culture de plantes autorisées ;
- contrôle des variétés et des parcelles ;
- extraction de cannabinoïdes ;
- fabrication de principes actifs pharmaceutiques ;
- production de médicaments dans des installations conformes aux bonnes pratiques de fabrication ;
- recherche clinique et développement de nouveaux produits.
Mais chaque étape dépendra du texte finalement adopté et des règlements qui l’accompagneront. Une proposition parlementaire ne suffit pas, à elle seule, à définir les règles de culture, de transformation, d’autorisation de mise sur le marché ou de remboursement.
Andong : six ans d’expérimentation autour du CBD pharmaceutique
La ville d’Andong, dans la province du Gyeongsang du Nord, joue un rôle particulier. Une zone réglementaire spéciale y a été mise en place à partir de 2020 pour permettre des expérimentations sur la culture du chanvre médical, l’extraction de CBD et la production de matières premières pharmaceutiques.
Un reportage publié le 14 septembre 2026 par ChosunBiz décrit un écosystème réunissant culture sous contrôle, extraction de CBD, recherche pharmaceutique et préparation d’installations industrielles.
Cette zone spéciale doit être distinguée d’une autorisation nationale générale. Elle fonctionne précisément comme un cadre d’expérimentation permettant de tester des modèles qui pourraient ensuite être intégrés dans le droit commun.
Un projet d’usine GMP pour passer de l’expérimentation à la production pharmaceutique
Selon le même reportage, l’entreprise NeoCannBio a obtenu un permis de construire pour une installation pharmaceutique conforme aux standards GMP à Andong. Le projet annoncé porte sur environ 5 031 m², avec un lancement du chantier prévu en octobre 2026 et une finalisation envisagée en 2027.
L’objectif industriel annoncé est de disposer d’une capacité permettant de produire des matières premières à base de CBD et de travailler avec des entreprises pharmaceutiques sur des médicaments et des projets de recherche.
Ces dates restent toutefois des objectifs industriels annoncés. Elles ne signifient pas que des médicaments issus de cette installation sont déjà produits, autorisés ou commercialisés.
Le CBD concerné ici n’est pas le CBD vendu en boutique
Le terme CBD peut créer une confusion importante. Dans le projet sud-coréen, il est question de cannabidiol utilisé comme matière première pharmaceutique ou comme composant de médicaments, dans un environnement contrôlé par les autorités sanitaires.
Ce cadre n’est pas comparable à celui des fleurs, résines, huiles ou autres produits CBD commercialisés dans le circuit classique dans certains pays européens.
Un produit CBD vendu en boutique n’est pas automatiquement un médicament. De même, le fait qu’un cannabinoïde soit utilisé dans un médicament autorisé ne permet pas de transformer les produits commerciaux contenant la même molécule en traitements.
Pourquoi le contrôle de la culture est-il central ?
Le texte sud-coréen prévoit un niveau de suivi important : autorisation des cultivateurs, déclarations de production, contrôle des quantités et destruction des excédents.
Cette approche s’explique par le statut juridique du cannabis en Corée du Sud. Le gouvernement cherche à permettre une utilisation pharmaceutique sans ouvrir un circuit parallèle pouvant alimenter des usages non autorisés.
Le modèle envisagé se rapproche donc davantage d’une production de matières premières réglementées pour l’industrie pharmaceutique que d’un marché commercial du cannabis médical au sens large.
Corée du Sud, Danemark et France : trois situations très différentes
La comparaison avec d’autres pays montre que le terme « cannabis médical » recouvre des dispositifs différents.
| Pays | Situation au 1er octobre 2026 |
|---|---|
| Corée du Sud | Certains médicaments importés sont accessibles sous conditions depuis 2019. Une réforme permettant une production pharmaceutique nationale est en cours d’examen. |
| Danemark | Le dispositif lancé en 2018 est devenu permanent le 1er janvier 2026. En 2025, 22 410 prescriptions ont été délivrées à 2 465 patients. |
| France | L’expérimentation est terminée et la transition se poursuit pour certains patients. Plusieurs textes et étapes réglementaires restent nécessaires pour le futur dispositif. |
Pour le détail du modèle danois, consultez notre dossier Cannabis médical au Danemark : les prescriptions ont augmenté de 64 % en 2025.
Pour la situation française, voir également Cannabis médical en France : pourquoi les décrets sont encore attendus en 2026.
Quelles sont les prochaines étapes à surveiller en Corée du Sud ?
Plusieurs événements permettront de savoir si la réforme passe réellement de la phase de préparation à une production nationale :
- les travaux de la sous-commission parlementaire sur la proposition n°2217773 ;
- un éventuel vote de la commission compétente puis du Parlement ;
- la promulgation d’une loi modifiée ;
- les décrets ou règles techniques du MFDS concernant les licences et les contrôles ;
- la définition des standards applicables aux matières premières pharmaceutiques ;
- l’avancement réel des installations GMP à Andong ;
- les premières autorisations concernant des produits fabriqués à partir de matières premières nationales.
Tant que ces étapes ne sont pas franchies, parler d’une « industrie nationale du cannabis médical déjà ouverte » serait excessif.
Ce que cette réforme pourrait changer pour les patients
L’objectif déclaré par les autorités est d’améliorer la stabilité de l’approvisionnement et de réduire la dépendance à des médicaments importés. Ces bénéfices restent cependant des objectifs de politique publique tant que le nouveau cadre n’est pas entièrement adopté et mis en œuvre.
La production locale ne garantit pas automatiquement une baisse des prix, une augmentation du nombre de médicaments disponibles ou un remboursement plus large. Ces résultats dépendront du cadre réglementaire, des autorisations pharmaceutiques, des coûts industriels et des règles de prise en charge.
FAQ — Cannabis médical en Corée du Sud
Le cannabis médical est-il légal en Corée du Sud ?
Certains médicaments contenant des cannabinoïdes peuvent être importés pour des patients autorisés depuis 2019. Cela ne signifie pas que le cannabis médical est disponible librement ou que sa culture est généralement autorisée.
La Corée du Sud autorise-t-elle déjà la culture de cannabis médical ?
Des expérimentations encadrées existent dans des zones réglementaires spéciales comme Andong. Une proposition de loi vise à permettre une culture destinée à la fabrication pharmaceutique sous autorisation du MFDS, mais elle n’est pas encore définitivement adoptée au 1er octobre 2026.
Que prévoit la proposition de loi n°2217773 ?
Elle prévoit notamment d’autoriser, sous contrôle du MFDS, la culture destinée à certains usages pharmaceutiques, avec déclaration des surfaces et quantités, respect des contrats de culture et destruction des excédents.
Pourquoi la Corée du Sud veut-elle produire du CBD localement ?
L’administration cite principalement la dépendance aux importations, la stabilité de l’approvisionnement en médicaments et le coût pour les patients. Ce sont les objectifs déclarés de la réforme.
Le CBD pharmaceutique est-il identique au CBD vendu en boutique ?
Non. Dans ce dossier, le CBD est envisagé comme matière première contrôlée pour des médicaments ou la recherche pharmaceutique. Les produits CBD du commerce classique relèvent d’un autre cadre.
Quand la production nationale commencera-t-elle ?
Aucune date nationale certaine ne peut être donnée. Des projets industriels existent à Andong et une installation GMP est annoncée pour 2027, mais la production commerciale dépend également de l’évolution de la loi et des autorisations sanitaires.
Sources principales
- Centre de participation législative sud-coréen — proposition n°2217773 et état de la procédure
- Gouvernement sud-coréen — accès aux médicaments à base de cannabis pour certains patients depuis 2019
- ChosunBiz — entretien avec le MFDS sur la production nationale, 16 septembre 2026
- ChosunBiz — zone d’Andong et projet industriel GMP, 14 septembre 2026
- Gyeongbuk Industrial Hemp Regulatory Free Zone — programme 2026 consacré aux cannabinoïdes pharmaceutiques