Publié le 1er octobre 2026. Le Brésil continue de voir progresser l’accès aux produits médicaux à base de cannabis. Entre janvier et juin 2026, 116 372 autorisations d’importation ont été comptabilisées, soit près de 29 % de plus qu’au premier semestre 2025.

Ce chiffre montre une forte progression du recours au circuit d’importation individuelle, mais il doit être interprété correctement : une autorisation d’importation ne correspond pas forcément à une importation effectivement réalisée, à un colis livré ou à un nouveau patient. En parallèle, le Brésil a profondément fait évoluer son cadre réglementaire en 2026 afin de permettre une production nationale strictement encadrée à des fins médicales et pharmaceutiques.

Une autorisation n’est pas une livraison. Autorisation : Une démarche administrative d’accès à un produit. Importation : L’autorisation ne prouve pas qu’un colis a été reçu. Patients : Le nombre d’autorisations ne compte pas les nouveaux patients.
Repères d’interprétation des données brésiliennes présentées dans l’article. Ouvrir le schéma en grand.

116 372 autorisations d’importation au premier semestre 2026

Selon un bilan publié le 19 août 2026 par Agência Brasil, l’Agence nationale brésilienne de surveillance sanitaire, l’Anvisa, a délivré ou enregistré 116 372 autorisations d’importation de produits à base de cannabis médical entre janvier et juin 2026.

Le total représente une progression de près de 29 % par rapport à la même période de 2025. Le mois de juin comptait 18 255 demandes ou autorisations dans le relevé, tandis que mars avait atteint un pic atypique de 23 199.

Les chiffres cités par Agência Brasil proviennent d’une analyse réalisée par l’entreprise Cannect à partir d’informations obtenues auprès de l’Anvisa via la loi brésilienne d’accès à l’information. Ils doivent donc être attribués à ce relevé : le tableau brut transmis par l’agence n’est pas publié avec l’article.

Une autorisation d’importation n’est pas une livraison

Le chiffre de 116 372 ne doit pas être lu comme « 116 372 colis de cannabis médical importés ».

Le dispositif de l’Anvisa permet à une personne physique d’obtenir une autorisation exceptionnelle pour importer, pour son propre traitement, un produit dérivé du cannabis prescrit par un professionnel légalement habilité.

L’autorisation permet ensuite d’utiliser le circuit d’importation prévu par la réglementation. Elle ne prouve pas à elle seule :

Il serait donc excessif d’utiliser le total des autorisations comme mesure directe du nombre de traitements ou du volume physique importé.

Ces produits importés ne sont pas automatiquement enregistrés comme médicaments au Brésil

L’Anvisa apporte une autre précision essentielle : les produits relevant de la voie exceptionnelle d’importation individuelle ne possèdent pas nécessairement d’enregistrement sanitaire auprès de l’agence.

Sur sa page consacrée à l’importation de produits dérivés du cannabis, l’Anvisa indique que ces produits n’ont pas, dans ce cadre, fait l’objet de son évaluation classique de l’efficacité, de la qualité et de la sécurité comme lors d’un enregistrement de médicament.

L’importation est autorisée pour un usage personnel, sous la responsabilité du patient et du prescripteur, conformément aux règles applicables. Autorisation d’importer ne signifie donc pas validation générale du produit comme médicament enregistré.

Le Brésil dispose de plusieurs voies réglementaires pour le cannabis médical

Le paysage brésilien est devenu plus complexe en 2026. Il faut notamment distinguer :

Ces circuits ont des conditions juridiques différentes. Un chiffre concernant l’importation personnelle ne décrit donc pas l’ensemble du marché du cannabis médical brésilien.

La RDC 1.015/2026 a modifié le cadre des produits de cannabis

En février 2026, l’Anvisa a publié la RDC 1.015/2026, qui a remplacé et actualisé le cadre créé par la RDC 327/2019 pour la fabrication et l’importation des produits de cannabis à usage médical humain.

Selon l’Anvisa, cette nouvelle réglementation est entrée en vigueur le 4 mai 2026.

Parmi les changements annoncés figurent notamment l’évolution de certaines règles concernant les produits contenant du THC, l’élargissement de voies d’administration autorisées et l’adaptation des produits déjà autorisés au nouveau cadre.

Ce dispositif concerne les produits soumis à une autorisation sanitaire sur le marché brésilien. Il ne doit pas être confondu avec l’importation exceptionnelle d’un produit par un patient pour son usage personnel.

2026 marque aussi le début d’un cadre pour la production nationale

L’évolution la plus importante dépasse le seul sujet des importations. Le 3 février 2026, l’Anvisa a publié plusieurs résolutions encadrant la production de cannabis à des fins exclusivement médicales ou pharmaceutiques.

Cette réglementation répond notamment à une décision du Superior Tribunal de Justiça (STJ) de novembre 2024 concernant la légalité d’une production destinée exclusivement à des fins médicales ou pharmaceutiques.

La RDC 1.013/2026 prévoit une Autorização Especial pour les personnes morales remplissant les conditions nécessaires, avec inspection sanitaire préalable, traçabilité, contrôles et mesures de sécurité.

L’Anvisa précise par ailleurs que le cannabis reste soumis à un régime de contrôle strict et que le démarrage d’une culture n’est possible qu’après obtention des autorisations nécessaires.

Quelles cultures peuvent être autorisées ?

Dans sa documentation actualisée en août 2026, l’Anvisa précise que la RDC 1.013/2026 encadre le développement de cultures de variétés de Cannabis sativa L. produisant une teneur en THC inférieure ou égale à 0,3 %, destinées exclusivement à des finalités médicales, pharmaceutiques ou de recherche.

La RDC 1.012/2026 traite quant à elle du cadre applicable à certaines cultures destinées à la recherche scientifique.

Il ne s’agit donc pas d’une légalisation générale de la culture de cannabis. Seules les activités expressément prévues par la réglementation peuvent être menées par des personnes morales autorisées et soumises au contrôle sanitaire.

Le Brésil veut aussi développer une filière pharmaceutique nationale

En mai 2026, l’Anvisa a également publié la RDC 1.023/2026, qui précise notamment certaines règles de classification, d’étiquetage, de délivrance et d’exportation de produits et d’ingrédients pharmaceutiques actifs issus du cannabis produit au Brésil.

L’agence présente cette évolution comme une composante du renforcement du complexe industriel de santé brésilien. Elle ouvre notamment la possibilité d’une insertion plus importante de la production locale dans la chaîne pharmaceutique, y compris pour certains ingrédients actifs.

Cette évolution permet de nuancer l’idée selon laquelle le Brésil serait destiné à rester durablement dépendant des importations. Les importations continuent de progresser aujourd’hui, mais le cadre réglementaire vise parallèlement à permettre une production nationale.

Peut-on dire que le Brésil reste dépendant de l’étranger ?

Le nombre élevé d’autorisations d’importation montre que le circuit étranger reste important. En revanche, ce chiffre ne suffit pas à calculer la part exacte de l’approvisionnement médical brésilien provenant de l’étranger.

Pour mesurer une dépendance commerciale, il faudrait connaître notamment les volumes réellement importés, la valeur des importations, les ventes de produits autorisés localement, les productions nationales effectivement disponibles et le nombre de patients utilisant chaque circuit.

La publication Facebook qui parle d’un pays « largement dépendant » de produits étrangers décrit donc une tendance plausible, mais le chiffre des 116 372 autorisations ne permet pas, à lui seul, de quantifier cette dépendance.

Pourquoi les autorisations continuent-elles d’augmenter malgré la production nationale ?

La réglementation sur la production nationale est récente. Créer un cadre juridique ne signifie pas que des volumes suffisants sont immédiatement disponibles.

Entre l’autorisation réglementaire et la disponibilité d’un produit pour un patient, plusieurs étapes peuvent être nécessaires :

Il est donc possible que les circuits d’importation restent très utilisés pendant que la production nationale se structure progressivement.

Brésil, Corée du Sud, Danemark et France : quatre modèles différents

PaysSituation en 2026
BrésilImportation individuelle en forte progression, produits autorisés sur le marché national et nouveau cadre de production médicale et pharmaceutique.
Corée du SudAccès à certains médicaments importés depuis 2019 et projet de réforme pour développer une production pharmaceutique nationale.
DanemarkDispositif de cannabis médical devenu permanent le 1er janvier 2026.
FranceFin de l’expérimentation, période transitoire et futur cadre toujours dépendant de plusieurs étapes réglementaires.

Pour approfondir ces modèles, consultez nos dossiers Cannabis médical en Corée du Sud : vers une production locale de CBD pharmaceutique, Cannabis médical au Danemark : prescriptions en hausse de 64 % et Cannabis médical en France : pourquoi les décrets sont encore attendus.

Cannabis médical et CBD vendu en boutique : ne pas confondre

Les produits médicaux et pharmaceutiques concernés par les réglementations brésiliennes ne doivent pas être assimilés aux fleurs, résines ou autres produits CBD commercialisés dans le circuit classique en Europe.

La présence de CBD dans un produit médical ne permet pas d’attribuer les mêmes propriétés à tous les produits contenant du CBD. Un produit de boutique n’est pas automatiquement un médicament et ne doit pas être présenté comme permettant de traiter une maladie.

Ce qu’il faut retenir des chiffres du premier semestre 2026

Les 116 372 autorisations d’importation rapportées pour les six premiers mois de 2026 illustrent une demande soutenue pour l’accès individuel à des produits médicaux à base de cannabis. La progression de près de 29 % est nette.

Mais ces données ne sont ni un nombre de colis importés, ni un nombre de nouveaux patients, ni un indicateur direct de consommation. Elles doivent être replacées dans un marché où coexistent plusieurs voies d’accès et où un nouveau cadre de production nationale commence seulement à se mettre en place.

FAQ — Cannabis médical au Brésil

Combien d’autorisations d’importation ont été comptabilisées au premier semestre 2026 ?

Le relevé relayé par Agência Brasil fait état de 116 372 autorisations entre janvier et juin 2026, soit près de 29 % de plus qu’au premier semestre 2025.

116 372 autorisations signifient-elles 116 372 colis importés ?

Non. Une autorisation permet d’utiliser le circuit d’importation prévu par la réglementation. Elle ne prouve pas qu’un achat ou une importation physique a effectivement eu lieu.

Les produits importés sont-ils tous enregistrés comme médicaments par l’Anvisa ?

Non. L’Anvisa précise que les produits relevant de l’importation exceptionnelle pour usage personnel ne disposent pas nécessairement d’un enregistrement sanitaire et n’ont donc pas suivi son processus classique d’évaluation comme médicament enregistré.

Le Brésil autorise-t-il désormais la production de cannabis médical ?

Un cadre de production strictement contrôlé a été publié en 2026 pour des finalités exclusivement médicales, pharmaceutiques ou de recherche. Il nécessite notamment des autorisations spécifiques et des contrôles sanitaires.

Le Brésil a-t-il légalisé la culture du cannabis en général ?

Non. Le cannabis reste soumis à un régime strict. Les activités autorisées concernent uniquement les situations prévues par la réglementation et les opérateurs qui remplissent les conditions requises.

La hausse des importations prouve-t-elle que le Brésil dépend à 100 % de l’étranger ?

Non. Elle montre l’importance du circuit d’importation individuelle, mais ne permet pas de calculer la part exacte de l’offre étrangère dans l’ensemble de l’approvisionnement médical du pays.

Sources principales

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