Atlas du chanvre et du cannabis · MJ Store
L’étude génomique de Ren et ses collègues, publiée en 2021, soutient une domestication du cannabis en Asie de l’Est au début du Néolithique. Son modèle situe une divergence ancienne autour de 12 000 ans avant le présent, avec une large incertitude. Cette estimation génétique ne date pas un premier champ découvert. Les usages des fibres, des graines et des fleurs ont ensuite participé à la diversification des populations.

Évolution, domestication et sélection : trois notions liées
L’évolution concerne les changements héréditaires des populations au fil des générations. La domestication en est un contexte particulier : les relations durables avec les humains modifient les conditions dans lesquelles les plantes vivent et se reproduisent. La sélection décrit, elle, la contribution inégale de certains caractères à la génération suivante.
Il faut donc distinguer une plante qui change pendant sa vie et une population qui change au cours de son histoire. Une tige qui s’allonge n’est pas un épisode de domestication. De même, un caractère observé sur une seule plante ne suffit pas à démontrer une transformation héréditaire d’une population.
Le dossier variété, cultivar, génotype et phénotype précise ce vocabulaire. Il aide notamment à séparer le patrimoine génétique d’une plante de ce que l’on observe dans un environnement donné.
Une domestication ancienne, dont le scénario reste discuté
Dans leur étude génomique de 2021, Ren et ses collègues proposent une domestication en Asie de l’Est au début du Néolithique. Leur modèle situe une divergence ancienne autour de 12 000 ans avant le présent, avec une large incertitude. Ils proposent ensuite une spécialisation plus marquée des usages il y a environ 4 000 ans, après une phase principalement polyvalente.
Ces repères sont des inférences obtenues à partir de génomes et de modèles démographiques. Ils ne correspondent pas à la découverte d’un champ précisément daté ni à l’identification du premier cultivateur. La date d’un vestige et la date estimée d’une divergence génétique ne mesurent pas le même événement.
La diversification ne concerne pas seulement le THC
L’étude de Ren repère des signaux de sélection concernant notamment la ramification, la floraison et la production de cellulose ou de lignine. Ce sont des pistes sur les transformations de l’architecture et des tissus, pas seulement sur les molécules des fleurs.
La synthèse botanique de l’Agence canadienne d’inspection des aliments rappelle que le chanvre a été sélectionné pour les graines et les fibres. Elle décrit aussi la variabilité de la plante et l’existence de formes monoïques, portant des fleurs mâles et femelles sur un même individu. La forme d’une plante, sa reproduction et sa composition constituent donc plusieurs dimensions distinctes.
| Dimension observée | Question qu’elle permet de poser |
|---|---|
| Architecture | Comment sont organisées la tige et les ramifications ? |
| Développement | À quel moment surviennent les étapes du cycle ? |
| Tissus | Quelles matières la plante produit-elle ? |
| Composition | Quels constituants sont mesurés dans le tissu étudié ? |
Ces dimensions se retrouvent dans l’histoire des variétés de chanvre à fibres et à graines. Elles expliquent pourquoi une histoire de la plante limitée aux pourcentages de cannabinoïdes laisserait de côté une grande partie de son évolution agricole.
Deux résultats qui empêchent les raccourcis
2015 : des différences réparties dans le génome
Sawler et ses collègues comparent 14 031 marqueurs génétiques chez 81 échantillons de type marijuana et 43 de type chanvre. Ils observent une différenciation à l’échelle du génome : les différences ne se limitent pas aux gènes liés à la production de THC. Ils soulignent cependant qu’une large part de la variation génétique reste partagée.
Un marqueur est ici une variation d’une position de l’ADN utilisée pour comparer les échantillons. Le résultat décrit la structure du matériel étudié ; il ne fournit pas à lui seul une règle universelle pour attribuer toute plante à une catégorie.
2025 : une diversité plus vaste que quelques étiquettes
Le pangénome publié par Lynch et ses collègues en 2025 rassemble 193 assemblages provenant de 144 échantillons biologiques. Il met en évidence une grande diversité génomique et des histoires de mélange entre groupes. Une référence unique ne peut donc représenter toute la variation explorée.
Les auteurs insistent sur l’intérêt d’un échantillonnage plus large, notamment en Asie, pour préciser l’histoire de la domestication. Un nombre d’assemblages n’est pas un nombre de variétés commerciales et une population peu étudiée ne doit pas être considérée comme inexistante.
Pourquoi éviter l’image d’une échelle de progrès ?
Présenter successivement « plante sauvage », « landrace », « hybride » puis « variété moderne » comme quatre marches obligatoires serait trompeur. Ces mots décrivent des situations ou des histoires différentes. Ils n’indiquent pas un classement automatique de qualité.
Pour garder les bonnes proportions, on peut lire l’histoire à trois échelles : celle des populations et de leurs échanges ; celle des usages et des filières ; celle des outils employés pour les étudier. Une innovation scientifique change notre connaissance de la plante sans nécessairement correspondre à un changement biologique survenu cette année-là.
Ces trois échelles sont développées dans les dossiers sur les landraces et la provenance, l’histoire des usages du chanvre et les découvertes scientifiques sur le cannabis.
Questions fréquentes
Peut-on dater précisément la première domestication ?
Les travaux cités proposent des scénarios et des intervalles d’incertitude. Une estimation génomique doit rester présentée comme telle, même lorsqu’un titre de presse retient un seul nombre.
Une plante spontanée est-elle forcément un ancêtre sauvage ?
Non : il faut distinguer une population sauvage d’une population échappée d’anciennes cultures. Le dossier sur les plantes locales et férales explique cette différence.
La variété la plus récente est-elle la meilleure ?
Il faut d’abord préciser pour quel usage et selon quel critère. Une date de création ne remplace ni une comparaison adaptée ni une description du matériel concerné.
Sources et méthode
Rédaction : MJ Store. Sources consultées le 24 septembre 2026. Les résultats génomiques sont rapportés dans le périmètre des échantillons étudiés. Les dates de domestication sont des estimations, distinctes des dates de publication. La synthèse canadienne est utilisée pour la botanique, pas comme source du droit français actuel.
- Ren et al., 2021 — Large-scale whole-genome resequencing unravels the domestication history of Cannabis sativa, Science Advances
- Sawler et al., 2015 — The Genetic Structure of Marijuana and Hemp, PLOS ONE
- Lynch et al., 2025 — Domesticated cannabinoid synthases amid a wild mosaic cannabis pangenome, Nature
- Agence canadienne d’inspection des aliments — Biologie du Cannabis sativa L., 2021